Définition de la notion de traumatisme.  Yvonne RENAULT, EMDR Nice


18 mai 2023

Les traumatismes transmis et leur traitement avec les outils de la psychotraumatologie (Extrait)

 

Définition de la notion de traumatisme

La définition du psychotraumatisme dans les manuels diagnostiques a été le seul diagnostic à mettre en lien un événement adverse et des symptômes qui y sont reliés. Le DSM-5 (APA 2013) indique qu’il s’agit de l’exposition à la mort effective ou à une menace de mort, à une blessure grave, à des violences sexuelles ou à plusieurs types de violences de manière répétée ou extrême. Le psychotraumatisme touche non seulement la personne exposée, mais aussi les témoins directs, ou des personnes liées affectivement comme un membre de la famille ou un ami proche.

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ne se décèle qu’à partir d’une période d’un mois, mais cette période peut s’étendre à six mois. Lors du premier mois après avoir vécu un événement potentiellement traumatisant, les symptômes que nous allons décrire sont des réactions normales à ce qui vient de se passer. Un événement potentiellement traumatique, de par les réactions physiologiques qu’il suscite, nous sort d’une illusion d’invulnérabilité avec laquelle nous planifions des rendez-vous, des vacances, des retrouvailles. Le trauma ayant provoqué un débordement de notre système physiologique par des réactions de survie innées, involontaires et irrépressibles, notre corps essaye de faire face.

 

Les symptômes d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT) sont de 4 ordres : 1. des réviviscences intrusives, 2. de l’évitement, 3. des changements négatifs des croyances et de l’humeur et 4. une hyperréactivité neuro-végétative.

 

1. Des réviviscences intrusives

Parmi les symptômes intrusifs, nous comptons les souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants. Ceux-ci provoquent un sentiment de détresse, des rêves répétitifs, des cauchemars, des réviviscences sous forme de flashbacks, des réactions dissociatives faites de dépersonnalisation. Amenant une déconnexion avec les perceptions corporelles, et de déréalisation, consistant en la perte du lien avec l’environnement immédiat, une détresse psychologique et une réactivité physiologique lors de l’exposition. Le corps de la personne touchée réagit comme s’il était coincé au moment du traumatisme.

2. De l’évitement

C’est ainsi que se construit l’évitement, le second symptôme d’un TSPT, consistant à faire des efforts pour éviter des pensées, des sentiments et des souvenirs liés à l’expérience vécue. Ainsi que des efforts pour éviter toute forme de rappels extérieurs, comme des lieux, des personnes liées à l’événement traumatique. Des personnes peuvent se retirer de la vie sociale, devenir taciturnes. Il est important de noter que l’évitement est une tentative du système physiologique de trouver du repos pour ne pas être constamment débordé.

3. Des changements négatifs des croyances et de l’humeur

Le troisième groupe de symptômes d’un TSPT est nouveau dans la version récente du DSM. Il concerne les changements négatifs des croyances et de l’humeur, avec une incapacité à se rappeler un aspect d’un événement. Il peut exister des croyances ou des attentes négatives exagérées par rapport à soi, aux autres ou au monde. L’état affectif négatif peut persister autour d’émotions de crainte, de honte, de culpabilité, de colère ou d’horreur. Ainsi qu’une incapacité à ressentir des affects positifs. Il peut y avoir une nette réduction d’intérêt pour des activités importantes, allant jusqu’à l’anhédonie, c’est-à-dire l’incapacité à éprouver du plaisir.

Les personnes peuvent présenter des distorsions cognitives par rapport aux causes et aux conséquences de l’événement. Amenant des victimes à se culpabiliser exagérément, ou à prendre sur elles la responsabilité d’un acte qu’elles ont subi. Une tentative de sortir d’une impuissance ressentie comme douloureuse et envahissante avec des « si je n’avais pas… » ou « si j’avais… ». Ces symptômes se retrouvent fréquemment décrits lorsque les relations interpersonnelles deviennent compliquées.  Lorsque les hiérarchies familiales s’inversent, lorsque la capacité d’empathie s’estompe…Autant de phénomènes qui montrent une fois de plus que le traumatisme attaque les liens. Que les réactions post-traumatiques provoquent un cercle vicieux de blessures et de re-victimisations additionnelles.

4. Une hyperréactivité neuro-végétative

Le dernier groupe de symptômes post-traumatiques concerne les changements de vigilance et de réactivité. Les patients souffrant de TSPT montrent une activation neuro-végétative accrue. Avec des comportements d’irritation, des accès de colère, même si cela ne leur ressemble pas. Souvent, ces symptômes neuro-végétatifs sont la réponse involontaire et irrépressible à la présence de déclencheurs. C’est-à-dire des perceptions parfois en deçà de la conscience, de bribes d’éléments présents lors de l’événement traumatique. Les comportements auto-destructeurs, l’hypervigilance et des sursauts exagérés amènent nombre de patients à s’auto-disqualifier. Et à se détester pour ces réactions aussi intempestives qu’involontaires. Comme le cerveau est occupé à scanner l’environnement en permanence, à l’affût d’un danger, ou d’un élément perturbateur, nous pouvons comprendre alors qu’apparaissent des difficultés de concentration. Avec un sommeil perturbé, tant à l’endormissement, que par des réveils nocturnes répétés.

Trauma simple, trauma complexe

En psychotraumatologie, une distinction est faite entre le trauma simple, qui consiste en un événement unique, à la source des symptômes d’un TSPT, et la configuration de traumas complexes, voire chroniques, appelée TSPT complexe (TSPT-C) dans la CIM 11 (OMS, 2019), qui se caractérise par une répétition d’occurrences traumatiques ayant laissé des symptômes particuliers. Ici il s’agit de personnes, qui ont été exposées de manière répétée à un événement ou une série d’événements de nature extrême et prolongée? Avec des vécus de menace majeure, terrifiante voire vitale et dont il était difficile ou impossible de s’échapper.

Les symptômes du TSPT complexe (TSPT-C) (OMS, 2019), qui viennent s’ajouter à ceux du TSPT simple, sont de trois ordres : 1. des problèmes sévères et persistants dans la régulation des affects, 2. des croyances récurrentes d’être diminué, en échec, sans valeur, avec des sentiments profonds et perpétuels de honte, de culpabilité ou d’échec en lien avec des éléments stressants, et 3. des difficultés persistantes à développer des relations et à se sentir proche d’autrui.

1. Dérégulation des affects

Parmi les symptômes concernant la dérégulation des affects, nous retrouvons des sentiments incontrôlables de rage, de colère ou de tristesse. Egalement, des tentatives auto-thérapeutiques destructives de régulation comme des gestes auto-agressifs, une alimentation compulsive ou le recours à de l’alcool ou à diverses autres substances. Ainsi, il peut y avoir des prises de risque exagérées, une préoccupation suicidaire et un engagement sexuel complexe à moduler. Ces difficultés témoignent de l’importance des efforts que doivent faire ces patients pour tenter de réguler leurs débordements émotionnels successifs, ou d’avoir accès à leurs émotions.

2. Sentiments de diminution

Puis, dans le deuxième groupe de symptômes touchant aux sentiments de diminution, d’échec, de perte de valeur, de honte et de culpabilité face aux événements stressants, les sentiments d’inefficacité et d’impuissance sont prédominants, avec le sentiment d’être incompris et le désespoir qui en découle. Souvent, l’expérience vécue est minimisée, notamment dans ses aspects de récurrence, amenant la personne à considérer cela comme la normalité. Un autre aspect important consiste en la perte de croyances antérieurement aidantes.

3. Difficultés relationnelles

Enfin, le dernier groupe de symptômes du TSPT-C concerne les difficultés persistantes à développer des relations et à se sentir proche d’autrui, avec une incapacité à faire confiance, des situations de re-traumatisation ou de traumatisation d’autrui, ainsi qu’une altération de la perception des auteurs de violences. La répétition des expériences traumatiques, qui dans le TSPT-C sont avant tout de nature relationnelle, a amené la personne à concevoir l’avenir d’une manière particulière : celle où existe la certitude que la traumatisation va recommencer.

 

Un TSPT simple se guérit facilement avec les outils de la psychotraumatologie. Dans la mesure où la personne touchée demande de l’aide, est porteuse de sa symptomatologie et que l’environnement est d’accord sur l’étiologie du trouble, ces thérapies se font dans la plupart du temps dans un dispositif individuel. Dans le cas de TSPT-C, les méthodologies de la psychotraumatologie restent toujours efficaces. Mais la thérapie prend plus de temps. Elle passe par des étapes plus longues de stabilisation, sur le plan de la vie quotidienne, de la régulation des affects, des relations interpersonnelles. Avant de pouvoir aborder les traumatismes, qui contiennent fréquemment des aspects préverbaux, qui s’ajoutent aux événements postérieurs.

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Date de mise en ligne : 17/05/2023

Pour en savoir plus :

https://doi.org/10.3917/ctf.070.0139

 

Présenté par Yvonne Renault, EMDR Nice

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